Le mercredi 19 février 2003, Papa Wemba est interpelé à son domicile de Bobigny en proche banlieu parisienne par les éléments de l'Office central pour la repression de l'imigration irrégulière et de l'emploi des étrangers sans titre (Ocriest) et placé en garde à vue, puis déféré au Tribunal de Bobigny le lendemain et mis en examen par le juge d'instruction Roger le Loire, donc placé depuis lors en détention provisoire. Il lui est officiellement reproché les faits suivants :
- Aide au séjour irrégulier en bande organisée.
- Falsification de documents, usage de faux, obtention indue de documents administratifs et détention de faux.
En clair, Papa Wemba se serait servi de sa notoriété internationale pour faciliter l'entrée en France et en Belgique de nombreux citoyens Congolais en tant que membres de son orchestre lors des tournées contre le paiment, affirment les mêmes sources, de 3500 dollars par chacun des immigrants, soit autant d'euros ou encore environ 2300 000 francs Cfa.
En l'absence d'éléments de preuve, il nous paraît bien peu adroit d'apporter un jugement de valeur sur ces actes qui n'honorent personne mais ce qui qui nous paraît disproportionné c'est l'usage que la presse française fait de cette information qui, il faut le souligner, concerne une personne qui jusqu'ici reste présumée innocente puisque aucune décision de justice ne la culpabilise. En quelques heures, Papa Wemba est en effet devenu le sujet central de l'essentiel des Rédactions, que ce soit de la télé, de la presse écrite, de la radio, ou même encore sur internet ; ces médias qui font et défont les hommes à leur guise et selon leurs intérêts. Et c'est ainsi que la France entière découvre ce personnage qu'elle aurait sans doute mieux apprécié sous une autre image. Car autant le dire, si à la faveur de cette affaire Papa Wemba est en passant présenté comme l'une des plus grosses stars Africaines, il était pourtant - jusqu'à la semaine dernière du moins - un illustre inconnu dans le paysage musical hexagonal malgré même les quelque quinze mille entrées réalisées le soir de la Saint Sylvestre 2001 au Palais des sports de Paris Bercy. Un événement qui, on s'en souviendra toujours, avait été savamment ignoré par la presse française. Et que dire des nombreux succès qu'il a réalisés avec ses orchestres Molokai et Viva la musica, ou encore sous le label Real World de Peter Gabriel, ses apparitions au cinéma (La vie est belle de N'Gangura Mwese), des deux titres (Le voyageur et Maria Valencia) de la bande originale de Paradiso et inferno, le film de Bernardo Bertolucci (1999) et bien encore... ? Tant de choses que les Français ne sauront sans doute jamais, faute de relais dans les médias.
Par contre ils retiendront à coup sûr du Pape de la sape l'image d'une star Africaine spécialisée dans l'imigration clandestine et le "Traffic humain" comme on peut le lire sur certaines manchettes, ce que les médias auront bien voulu leur apporter comme information sur cet illustre Africain dont on peut être fier à plusieurs égards même si les faits qu'on lui reproche sont repréhensibles. Et que cette affaire ait été portée au grand jour pendant la tenue à Paris du Sommet Afrique-France est une coïncidence qui ne nous paraît pas totalement innocente.
Et puis nous croyons que sur la scène musicale africaine il y a des choses qui pourraient intéresser les Français et que les médias devraient pouvoir leur servir. On évitera ainsi le ridicule de présenter en "exclusivité" un disque vieux de quatre ans comme "1er Gaou" de Magic system qu'on a curieusement écouté partout au monde sauf en France.