Interview réalisée par
Alain Mouafo
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Bonjour Grace, on te connaissait chanteuse de talent, tu as été portée à la tête de la Socim il ya quelques semaine, comment te sens-tu sous ta nouvelle casquette de manageuse d'hommes ?
Je n'ai pas l'impression que quelque chose a changé en moi ; je reste la même. Seulement je réalise qu'une lourde tâche m'a été confiée, qu'il y a beaucoup de travail et qu'il faut pouvoir évoluer rapidement pour que nos objectifs soient atteints dans un assez bref délai.
Ton élection à la tête de la Socim a été précédée par celle de Ekambi Brillant à la tête d'une autre structure qui vous dispute la gestion du droit d'auteur au Cameroun. Comment comptes-tu gérer cette situation?
Ma première préoccupation c'est le bien-être de l'artiste Camerounais. Nous nous attachons en priorité à ce que tous les auteurs-compositeurs vivent décemment de leur métier et cela les amènera à comprendre le bien fondé de notre action. Ce qui se passe en face ne concerne que ceux d'en face ; je parle de la Socim et je pense que nous avons tous les atouts pour faire face aux défis de la situation du droit d'auteur au Cameroun. Notre Conseil d'administration est constitué d'artistes qui en plus de leur talent musical ont un bagage intellectuel suffisant pour gérer des domaines précis du droit d'auteur qui leur ont été confiés. L'équipe d'en face a sans doute les mêmes objectifs que nous, mais ont-ils les moyens humains que nous avons pour relever le défi ?
Il se dit que Socadrom et Socim ne faisaient que un au départ et que la scission qu'on peut observer en ce moment tient au fait que tu as été présentie à la tête de la structure...
Freud a dit, parlant des femmes qui s'acoquinaient à lui : "ce n'est pas moi que ces femmes aiment, mais c'est la place que j'occupe" ; moi je dirai : ce n'est pas Grace Decca que ces artistes détestent, mais c'est la place que j'occupe qu'ils veulent...
Grace, en général les administrateurs de sociétés sont choisis parmi les principaux pourvoyeurs de richesses de ces entreprises-là ; cela ne semble pas être le cas de la Socim et on parle même de copinages...
Je suis à peu près persuadé que tous ceux qui sont à la Socim ont de gros intérêts dans cette entreprise ; je citerai entre autres Govinal, Ange Ebogo Emérant, Jean Pierre Essomé, pour ne pas me citer moi-même ; nous sommes tous des artistes très productifs et qui pouvons apporter bien plus intellectuellement. Govy est cadre de banque, Essomé est comptable, Blaise Nkenne est Docteur en droit, et moi-même je suis diplômée en sciences de l'éducation... C'est peut-être cela le copinage ?
Roméo Dika parle d'un certain Jean Pierre Saah (JPS) qui ferait tout pour te maintenir à la tête de la société des auteurs...
Roméo peut dire ce qu'il veut, ça n'engage que lui. JPS était-il de tous les combats que nous avons menés contre la Socinada qui nous tuait à petity feu ? Qu'on me parle encore de Sam Mbéndé qui a tout mis ce qu'il pouvait pour qu'on en arrive à ce point. Et puis JPS est le plus gros contribuable dans le droit d'auteur au Cameroun et mérite une place au sein du Conseil. Croyez-vous qu'il a besoin d'être derrière qui que ce soit ? Et puis, Roméo Dika n'a pas forcément montré le bon exemple avec la Socinada ; donc ce qu'il dit ou ce qu'il ne dit pas... à vous d'en juger.
Il y a également Sam Mbéndé à qui on reconnaît le mérite de son engagement pour l'assainissement de la gestion du droit d'auteur à la tête de la liquidation. Mais des voix s'élèvent également pour dénoncer un délit d'initié du fait qu'il se retrouve dans l'équipe de la Socim qu'il aurait montée de toute pièce...
Ecoute, je dois dire que ça me met hors de moi d'entendre ce genre de choses ; la reconnaissance n'existe vraiment pas dans le langage de ces gens avec qui il ne faut compter que des critiques, mais alors on ne peut plus destructives. Sam s'est investi moralement, intellectuellement et financièrement dans cette affaire parce qu'il a de l'amour pour ce métier et souffre de voir les artistes camerounais spoliés éternellement. Au lieu de lui tirer un coup de chapeau, on lui jette les pierres
Tu as assisté il y a peu à un regroupement d'artistes Camerounais à Paris qui se plaignent de n'être pris en compte ni par la Socim, ni par la Socadrom, d'être exclus du débat et même du partage des dividendes de leurs oeuvres...
Il ne suffit pas de rester à Paris et dire ci ou ça. Tous ces gens se plaignent de n'être pas informés alors qu'ils savent bien ce qui se passe au Cameroun ; il y en a qui ne sont pas allés au pays parce qu'il faut se déplacer ; certains l'ont fait. Je pense qu'en réalité il y a des gens qui ne sont pas actifs et n'osent pas l'avouer. Au sein de la Socim nous les prenons en compte ; les Manu Dibango, Toto Guillaume et autres ont un grand rôle à jouer auprès de nous...
Ils ont récemment lors d'une réunion décidé de ne soutenir ni la Socadrom, ni vous auprès de la tutelle et entendent même intercéder auprès de la tutelle pour se faire entendre...
Ce qui compte pour nous, je le repète, c'est le bien-être de l'artiste camerounais ; et pour cette tâche nous avons besoin de toutes les compétences. Je ne comprends pas que pour un travail d'une si grande envergure un groupe d'artistes travaille pendant que d'autres ne luttent que pour leurs intérêts personnels ; aussi je voudrais dire qu'on ne construit pas un pays en restant à l'étranger ; donc si nous voulons construire la Socim, cela se passera au Cameroun et pas ailleurs. On ne peut pas être à l'extérieur et critiquer ceux qui travaillent sur le terrain...
Pour terminer, Grace, vous avez en face un groupe qui n'est pas négligeable... ?
Par rapport à quoi, Alain ? Savez-vous qui sont ceux qui constituent cette équipe ? Qu'est-ce qu'ils produisent comme rentrées en droit d'auteur ? Quelle richesse ont-ils apportée au droit d'auteur ces six derniers mois ou même ces deux dernières années, combien de K7 ou de disques vendent-ils et dans quelles boîtes danse-t-on leurs disques ? Que ce soit Ekambi Brillant, Elvis Kemayo, Charlotte Mbango ou qui d'autre ? Et pire encore, Elvis a dit dernièrement au cours de la réunion ici à Paris, avec beaucoup de légèreté, qu'il allait au Cameroun pour les obsèques de son père et a été chopé au passage par Ekambi qui lui a proposé un poste de Vice-président. Pensez-vous que c'est ainsi qu'on va gérer le droit d'auteur au Cameroun ?
Il n'y a pas de peine à comprendre que de votre côté il n'y a pas de conciliation à envisager comme le souhaitait par ailleurs Elvis Kemayo. Mais s'il arrivait que la tutelle accorde l'existence légale plutôt à la Socadrom qu'à la Socim ?
Notre Ministre est un homme de culture et un intellectuel à la fois. Je suis persuadé qu'il décidera sur la base des dossiers qui ont été portés à son attention ; et le cas échéant, la gestion du droit d'auteur au Cameroun ne peut revenir qu'à la Socim. Et si par extraordinaire cela arrive quand même, on verra. Mais il y a une chose qui est certaine, si on a besoin d'un médecin, ce n'est pas moi qu'on viendra chercher ; si on cherche un prof d'arabe, ce n'est sans doute pas moi qu'on viendra chercher. Mais si on a besoin d'un spécialiste en sciences de l'éducation ou en communication - parce que j'ai d'abord fait un BTS en communication -, là on viendra toquer à ma porte, de même qui si on a besoin d'une société viable pour gérer le droit d'auteur au Cameroun, on s'adressera en priorité à la Socim.
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