04 février 2003, espace Saintonge. Une animation inhabituelle dans ce feutré cadre tout en pierres indique bien qu'il va s'y passer quelque chose d'autant inhabituel. Pas mal d'artistes chanteurs et musiciens Camerounais convergent en ce lieu, parmi lesquels des visages familiers aux jeunes Français du coin qui n'hésitent pas à venir demander une photo ou un autographe. Manu Dibango, Yves Ndjock, mais aussi Pierre Didy Tchakounté, Charles Lémbé, Toto Guillaume, Chantal Ayissi, Belka Tobis, Guy Nsangué, Aladji Touré et plusieurs autres répondent ainsi à l'appel de Jacky Toto qui vraisemblablement se doutait qu'un débat sur la situation actuelle du droit d'auteur au Cameroun intéresserait plus d'un.
La Socinada (Société civile nationale du droit d'auteur) a vécu ; et pas mal d'artistes Camerounais et Africains en général aimeraient bien que le souvenir qu'ils gardent de cette entreprise soit bien lointain, comme l'est désormais sans doute celui de la Socadra (Société Camerounaise du droit d'auteur) qu'elle a remplacé au début des années 90.
Le dépôt de bilan de la Socinada en 2001 a donné lieu à des administrations sequestres et finalement à une liquidation judiciaire à l'issue de laquelle les artistes de tous bords étaient appelées à soumettre au ministère Camerounais de la culture des projets pour de nouvelles sociétés dans les divers domaines. Les auteurs compositeurs, un temps unis pour déboulonner la gabégique équipe de la Socinada, se sont illustrés par leur division au moment de proposer un projet pour une nouvelle structure ; on a ainsi eu droit à la création de la Socadrom (Société camerounaise du droit des musiciens) et de la Socim (Société camerounaise des interprètes et musiciens). A la lecture des textes réglémentaires que proposent les deux structures qui ont pour chefs de files Ekambi Brillant pour la Socadrom et Grace Decca pour la Socim, les chanteurs et musiciens de l'étranger se rendent compte qu'il sont une fois encore ignorés dans la prise des décisions, ce qui leur a valu jusque-là de l'être autant dans les répartitions de l'argent collecté au titre des droits liés à la reproduction mécanique et exécution publique de leurs oeuvres sur le territore camerounais. "Nous avons pourtant toujours été les plus gros pourvoyeurs de fonds de toutes ces société-là, que ce soit la Socadra ou la Socinada", conclut Manu Dibango, argument repris par plus d'un.
C'est sans doute conscients de l'importance et de la force que peut avoir un tel rassemblement que Socim et Socadrom, informés de la tenue de ladite réunion, dépèchent d'urgence des responsables à Paris. Elvis Kemayo est présent dans la salle au nom de la Socadrom dont il est Vice-président ; il a en face Grace Decca qui débarque à peine à Paris et prend le train en marche, ainsi que le boullonnant Angoula Angoula dont on ne sait plus exactement s'il agit pour le compte de la liquidation de la Socinada ou pour la Socim. Ce dernier va quelque peu heurter les artistes présents en leur apprenant que les sommes d'argent que la liquidation récolte servira essentiellement à régler la dette extérieure de la société et les primes des liquidateurs arrêtées à 15% de la somme totale récoltée (excusez du peu !). "S'il reste quelque chose, conclut-il, les artistes pourront être désintéressés".
A postériori, ni le projet Socim, ni le projet Socadrom présentés séance tenante ne convainc l'assistance et à la question de savoir si les deux équipes ne pourraient fondre en une seule en prenant en compte les intérêts de tous, Elvis Kemayo se dit favorable à une telle initiative alors que pour sa part, Grace Decca estime le projet de la Socim viable et s'en remet à la décision du ministre de tutelle qui devra dans les prochaines semaines attribuer un et un seul agrément. Il n'en fallait pas plus pour amener les chantres Camerounais de l'Etranger à créer l'AMDC, l'association musicale de la diaspora camerounaise au cours d'une autre réunion tenue le 17 février à Paris toujours, l'AMDC qui a naturellement porté à sa tête Jacky Toto ; l'une des grandes résolutions de cette autre rassemblement est la décision prise à l'unanimité de proposer au ministère de tutelle d'une troisième voie ; non pas pour diriger le droit d'auteur au Cameroun depuis Paris, affirme Edgard Yonkeu dont l'initiative a été saluée par tous, mais pour définitivement marquer le terrain et imposer aux futurs dirigeants la prise en compte des intérêts des créateurs vivant à l'étranger.
Les jours a venir permettront sans doute de voir plus clair dans l'évolution de la situation tant à Yaoundé qu'à Paris.